Interview (1 ère partie)
Voici, en plusieurs parties, l'échange de courriels au sujet de ma première interview, en tant qu'Aveniste (membre de l'AVEN) avec une journaliste. A la publication, plusieurs choses n'ont pas été dites, ce qui est fort regrettable parfois (A noter que j'étais un petit nouveau sur le forum, pas encore modérateur)
Agnes : Depuis quand êtes-vous asexuel ? C'est venu comment ?
Gianni : Je l’ai toujours été. Je n’ai jamais été réellement troublé sexuellement. Je suis AA, c’est à dire sans orientation sexuelle, puisque vous aussi avez les A-hétéro, les A- bi ou les A-homo
Agnes : Quand et comment avez-vous découvert que vous étiez asexuel ?
Gianni : Dès mon adolescence. Aucun désir sexuel, pas envie d’en savoir plus sur la sexualité. J’aurais envie de dire, une indifférence totale. Pas un rejet, non, simplement l’indifférence, comme n’importe quel autre sujet restera indifférent pour certains, une passion pour d’autres ! Allez dire a un passionné de foot que cela vous laisse de marbre : c’est la même chose !
Mais, pour en être certain, j’ai quand même eu quelques expériences. Plus mécaniques qu’autre chose, même si j’espérais trouver du plaisir. " Bof ! C’est cela l’orgasme, ce plaisir si infime ? C’est cela qui fait courir le monde ? Conclusion : je ne ressens pas ce plaisir là " Et puis, lorsque vous vous endormez pendant que vous faites l’amour, vous ne vous posez plus la question de savoir si vous éprouvez quelque chose ou non !
Le problème est que le sexe tient une place trop importante dans la société, et que tant que la notion d’asexualité ne sera pas " admise ", nous resterons une sorte d’extraterrestres, des handicapés… Quelqu’un qui n’est pas gourmand, on trouve cela normal, alors pourquoi n’est-ce pas la même chose pour l’asexuel ?
Agnes : Avant de découvrir la notion d'asexualité, comment vous définissiez-vous ?
Gianni : Dès le début, avant même que l’on en parle, je me disais " asexuel, avec le ‘A’ privatif " pour bien définir les choses. Ce n’est que fin juillet 2005 que j’ai découvert que je n’étais pas seul à utiliser ce mot ! Je pense que j’ai dû l’utiliser vers mes 15 ou 16 ans.
Agnes : Pour vous, l'asexualité, c'est quoi ?
Gianni : L’absence de désir sexuel, voire de plaisir.
Agnes : Pour la majorité des gens qui ne connaissent pas cette notion, l'asexualité c'est quoi ?
Gianni : Un handicap, une " maladie honteuse ", un problème psychologique, ou l’héritage judéo-chrétien (ce à quoi je réponds que si c’était le cas, je me serais marié à 18 ans, fait l’amour à unique but de procréation, et que mon épouse aurait eu une grossesse par an, deux les bonnes années)
Agnes : De quelles reflexions avez-vous souffert concernant votre vie sexuelle ?
Gianni : J’ai la chance d’avoir un cercle d’amis et de proches qui ne posent pas de questions indiscrètes. Ayant de nombreuses amies, la majorité en conclue que ce sont plus que des amies…
Sinon, la réflexion la plus courante était " tu es gay, mais tu l’ignores ! " Et les réflexions du genre d’aller voir un psy, un sexologue, etc.
La pitié fait mal également !
Agnes : Quel est votre parcours psychologique par rapport à l'asexualité ? Etes-vous allé voir un médecin en pensant que vous n'étiez pas "normal" ? Qu'est-ce que le médecin vous a dit ?
Gianni : Mon médecin s’en est douté de lui-même, il y a de cela 15 ans. Pour lui c’était normal, son propre fils étant A.
Mais nous n’en avons jamais parlé. Je n’ai pas éprouvé le désir de consulter, car je n’en ai jamais souffert. J’ai un peu étudié la psychologie, et, comme je le fais sur le forum, je me suis posé de nombreuses questions pour essayer de trouver une raison, une origine. Rejet de la société, par opposition à quelqu’un, ou par impossibilité de " me laisser aller " le besoin de me contrôler ", mais rien ! simplement l’absence totale de désir, de plaisir.
Agnes : Quel est votre parcours sentimental ? Avez-vous vécu une relation amoureuse avec une "sexuelle" ? Comment ça s'est passé ?
Gianni : J’ai vécu deux histoires d’amour avec des sexuelles. Je me suis forcé à entretenir une vie sexuelle (pas trop active), mais l’unique plaisir que je ressentais était de pouvoir " donner ", pas recevoir. Dans les deux cas, ce n’est pas l’asexualité qui nous a séparé, mais des circonstances de la vie. Les deux sont restées très proches de moi.
Par contre, je ne suis pas certain de pouvoir recommencer… Le " devoir conjugal " devenant " la corvée conjugale "
Agnes : Comment faire pour gérer une relation amoureuse sans sexe ? Quelles sont les solutions ?
Gianni : Trouver une personne asexuelle ou à faible libido (selon l’orientation sexuelle – s’il y a) Si vous parcourez le forum, vous pourrez voir que l’asexualité est ressentie très différemment : vous avez des asexuels qui refusent tout contact physique, d’autres qui aiment " le sexe sans pénétration ". Dans le second cas, il y a toutes sortes de jeux pouvant se faire sans pénétration…
Agnes : Que pensez-vous de l'expression "no sex, no problem" ?
Gianni : Tant que l’absence de sexualité n’est pas un problème psychologique personnel, je suis plutôt d’accord avec cette expression ! Je connais trop de personnes ayant une vie sexuelle peu harmonieuse, ou leur ayant crée des problèmes, justement ! Mauvais(e) partenaire, ou trop longue abstinence pesante : le caractère peut changer : agressivité, mauvaise humeur, dépression… Mariage " forcé " Maladies vénériennes, etc
Mais comme dit, cette expression dépend uniquement de la personne ! On peut dire que la réciproque est vrai, car il est difficile de former un couple lorsque vous êtes asexuel ! Pour le moment, du moins. Une fois que la notion d’asexualité sera mieux comprise, ce sera peut être plus simple de trouver l’âme sœur !