19.11.08
« la pitié fait mal aussi ».
Dans mon itw je déclarais « la pitié fait mal aussi ». Bien que la journaliste n’en demanda pas plus je vais revenir sur le sujet. Il faisait suite à la réaction d’un ami qui me disait « i feel so pity for you » cette pitié me faisait mal, car il ne me comprenait pas alors que de mon côté je comprenais parfaitement bien sa presque hypersexualité. Le plus étrange est qu’il est devenu hyposexuel, et même si elle a une explication rationnelle (problèmes), j’avoue que c’est à mon tour de me sentir « so pity for him » de savoir qu’il préfère la masturbation à l’acte réel, lui qui aimait tant cela
Lorsque des amis S me disent soudainement ne plus ressentir de désir, se sentir A, je suis le premier à leur demander de s’analyser pour savoir si leur perte de libido n’est pas le signe d’une dépression ou d’autre chose d’analogue. Pas question de faire monter les chiffres des A avec des statistiques faussées. (même si annoncer des chiffres impressionnants de A serait tentant pour nous affirmer encore plus !) Non, il faut rester lucide et essayer de comprendre si notre asexualité est innée ou le résultat d’expériences de la vie (expériences pas forcément sexuelles). Je me suis souvent posé ce genre de questions, pour tenter de comprendre mon asexualité. Questions que je reposais aux Avenistes.
Ce qui est paradoxal, en ce qui me concerne, c’est que bien qu’asexuel, j’ai souvent été sollicité comme confident pour des problèmes plus ou moins graves, au point de faire parfois le rôle de sexologue lorsque je percevais où résidait le problème. Un A sexologue ! N’est-ce pas cocasse ? D’accord, les problèmes étaient souvent « psychiques » ou résultaient de choses dont j’avais entendu les explications à la radio. Mais rarement techniques (ne me demandez pas comment bien faire l’amour !) :P
15.08.07
Lorsque A et hyper-sexuels se tendent la main… (2)
Suite à ma note précédente à ce sujet, j'ai la joie d'annoncer la création du forum pour les hypersexuels, joie d'autant plus grande que nous avons contribué indirectement à sa création ! Avouez que c'est un peu cocasse : les A à l'origine de la création du forum des hypersexuels ! Et on ose dire que nous sommes coincés ? anti-sexe ?
Comme ma précédente note attire beaucoup de monde tapant "hypersexualité" dans les moteurs de recherche, j'espère que cette seconde note dirigera ne nombreux hypersexuels vers leur forum, qu'il vous apporte la même chose que l'AVEN pour nous !
Ci dessous, le billet laissé par Flamel sur notre forum
Certains ici se souviendront peut-être de moi. J'ai fait un passage ici il y a bien des mois, pour que nous nous comprenions mieux dans nos différences (je parlais de mes difficultés en tant qu'hypersexuel).
Je voulais vous dire que l'Association de support moral et d'entraide des personnes hypersexuelles est en train de naître et que nous avons un forum tout neuf.
Là où ça vous concerne est que j'ai placé sur notre forum un message de remerciement envers les asexuels: «Nous avons des amis parmi les asexuels». J'ai écrit votre adresse en référence pour les asexuels qui nous visiteraient et j'ai parlé de votre chaleureux accueil, de votre gentillesse, de votre écoute lors de mon passage. J'ai souligné aussi l'ironie qu'asexuels et hypersexuels se comprennent et s'entendent si bien alors que nous avons plus de difficultés avec les sexuels, plus réfractaires à ce que nous sommes.
Mon passage chez vous m'a transformé. J'étais désespéré et j'envisageais la castration chimique pour devenir asexuel. Vous m'avez inspiré, j'ai retrouvé des forces et je me suis assumé dans mon identité. Je me sens prêt maintenant à aider d'autres hypersexuels en détresse qui auraient de la difficulté à se gérer, qui se sentiraient isolés, incompris, voire méprisés.
Je ne sais pas si j'aurai le moindre visiteur, ni si je saurai comment gérer cet engin complexe que l'on appelle un forum (ça fait peur! Le temps à y mettre, la responsabilité, etc...). Mais je m'essaie.
Un GRAND merci donc à vous, les asexuels, qui m'avez vraiment aidé à mieux vivre mon identité, et un merci tout particulier à Gianni, avec qui je suis toujours en contact. Du fond du coeur.
Voici notre adresse et vous y serez toujours bienvenus pour montrer à quel point il est possible de vivre ensemble alors que nous sommes si différents. Différence n'est pas incompatibilité.
http://detresse.hypersexuelle.xooit.com/index.php
J'ai basé la fondation de notre association ici:
http://www.flamel.ca/hyper.html
Et si mon site perso en intrigue quelques-uns, il est là:
http://www.flamel.ca
Encore merci, et longue vie à l'AVEN!
Samael (Flamel sur mon forum).
07.12.06
Témoignage de XINXIN (28 ans)
J’ai 28 ans, et le sexe ne m’a jamais véritablement intéressé. Je me considère comme A-bisexuel
J’ai été curieux, certes, ai éprouvé du plaisir… Mais, sans véritablement avoir envie de recommencer !
Je me suis marié en 2001. Au départ, nous avions une vie sexuelle relativement active, mais je dois avouer que c’était plus « par habitude », par « conformité » (plus pour ma femme que pour moi). Mais, je dois dire que ce n’était pas naturel, car je n’avais pas de désir. Pourtant, ma femme est belle, sexy…
Pour elle, le sexe n’a guère de valeur non plus. Est-elle A ? hypo-sexuelle ? Frigide ? Est-ce moi qui suis nul ? Je ne sais pas ! Elle refuse de parler « sexe » qui est tabou pour elle ! Par contre, elle ne peut envisager l’asexualité masculine : les hommes sont tous des obsédés !
Bref, nous faisions le « devoir conjugal » ! expression très explicite, non ?
A partir de 2003, le devoir s’est espacé de plus en plus, 1 ou 2 fois par mois. En 2004 encore plus rare ! Et depuis 2005, plus rien ! Ma femme en souffre, mais uniquement à cause de cette histoire de conformité !
Bien entendu, pour la galerie, nous avons une vie sexuelle épanouie ! (Finalement, elle l’est pour moi ! Epanouie = 0 !) D’ailleurs, nous n’avons pas besoin d’en parler, puisque, étant en couple, cela coule de source d’avoir du sexe !
Avant mon mariage, j’ai vécu une belle histoire d’amour avec un homme. Là également, le sexe n’avait pas d’importance. J’ignore d’ailleurs comment cette histoire a pu avoir lieue, lui étant plutôt hétérosexuel, et hypo ou A ! Nous faisions le plus souvent l’amour… sans sexe ! (Impossible à faire avec ma femme !)
Asexualité… J’ai découvert soudain ce mot et l’AVEN en lisant le blog d’un ami. Il parlait du « coming out » de l’un de nos amis. Dire que j’avais loupé cet événement ! Je l’ai contacté, et il m’en a dit encore plus… d’autant qu’il était un membre actif de l’AVEN !
Ce qui a été le plus étrange est que depuis que j’ai commencé à mon tour à en parler, plusieurs personnes m’ont avoué éprouver peu ou pas de désir sexuel également !
Malgré tous ces témoignages, malgré le forum de l’AVEN, mon épouse, elle, refuse d’en entendre parler ! Même lorsqu’une amie proche a essayé à son tour de le lui dire. Premier cas féminin, nous espérions que… en vain !
En dehors de cela, nos relations sont bonnes.
Le sexe ? Quel ennui !
06.12.06
Lorsque A et hyper-sexuels se tendent la main…
Lorsque Asexuels et hyper-sexuels se tendent la main…
Aussi surprenant que cela puisse paraître à certains, les deux extrêmes peuvent se comprendre, se soutenir ! Je relaye ici le témoignage de Samael.
Il existe trois types d'hypersexualité. Deux d'entre eux ont leur réseau.
- Les prédateurs sexuels: des institutions et le système judiciaire s'en occupent.
- Ceux qui souffrent de dépendance et de compulsion, liés ou non à certaines maniaco-dépressions; ils ont également des réseaux et des ressources.
- Mais il existe une autre, large, hypersexualité, dont on parle peu. Elle est hormonale, les sites médicaux en parlent brièvement, mais elle n'est pas une maladie. Des gens, des hypersexuels, fonctionnent en société; ils n'ont et n'auront aucun casier judiciaire, n'agresseront jamais personne, ne feront ni de harcèlement ni d'abus sexuels. Leur hypersexualité n'est pas compulsive, elle ne les écrase pas, mais elle exige d'être vécue.
Ces gens souffrent d'autres aspects de leur «condition», ou plutôt, de leur identité. Ils doivent se cacher, ils sont objet de honte; ils sont sujets aux injures: «pervers», «porc», etc... On les perçoit comme anormaux, débalancés, vicieux. Ils sont victimes de discrimination, de préjugés, de jugement. On les confond avec les abuseurs; on les traite de malades. On se méfie d'eux. Alors ils mentent. Ils cachent leur identité.
Ils ont besoin d'une association, d'un réseau d'entraide de support moral, qui ne soit qu'à eux. Une association qui leur permettrait de dire: j'existe, je ne fais de mal à personne, je suis un hypersexuel, ça fait partie de mon identité, de ma vie, c'est ce que je suis. J'ai droit au même respect que les autres humains, car j'en suis un, à part entière. Je veux être respecté, comme je respecte les autres. Toutes les bestioles sexuelles étranges comme nous :o) ont leur association: gays, lesbiennes, asexuels, etc. Les hypersexuels n'en ont aucune.
Je suis un hypersexuel. Je fais mon Coming out, car c'en est bel et bien un. Il a tout un impact autour de moi et EN moi. Mais comme un Coming out est libérateur! L'on passe de victime au siège du pilote! L'on s'empare de notre identité, elle est nôtre, et l'on montre par cette affirmation que les insultes et les préjugés sont inutiles, car notre existence est affirmée. Que de tension résolue en soi!
Je n'ai jamais agressé, ni harcelé, ne le ferai jamais. J'ai appris à gérer mon identité et à fonctionner en société, comme tout le monde. Je suis en démarche pour démarrer l'Association des hypersexuels, un regroupement qui ne contient pas de prédateur, ni de cas psychiatriques de dépendance ou de maniaco-dépression, seulement des hypersexuels qui souffrent de ne pouvoir se dévoiler pour ce qu'ils sont, parce qu'on leur crache trop rapidement dessus: «cochon!» leur crie-t-on. Je veux que les mots de «cochon», «vicieux», soulèvent la même honte que le fait maintenant le mot «mongol» quand on parle des trisomiques. Cette association en sera une de défense des droits des hypersexuels, de lutte pour conscientiser, abattre les préjugés, mais aussi, pour réunir ces gens sous la supervision d'intervenants compétents afin de les aider à s'apporter soutient moral, dignité, fierté de leur identité. Leur apprendre, comme je l'ai appris, désappris et réappris, que l'on peut très bien vivre son hypersexualité et fonctionner en société. Que tout est question d'organisation, de gestion, d'éthique, de connaissance de soi, de soutien social, et lorsque les jours les plus noirs arrivent, que ces gens sont victimes d'injures, de rejet, de préjugés, de discrimination, qu'ils se voient isolés et désespérés au point de réclamer la castration chimique, eh bien ils auraient un regroupement pour les défendre, les soutenir, les encourager, leur redonner le goût de vivre leur identité sans honte, de tenir bon. Car non seulement les hypersexuels vivent ces injustices, incompris, confondus avec divers déviants, mais ils sont souvent désabusés, amers, se sentent rejetés et surtout: terriblement isolés.
Si cette association se bâtit sans le concours des personnes compétentes des CLSC, ce sera un chaos assez difficile à garder organisé. Chacun risque de s'improviser le thérapeute de l'un et de l'autre. Une telle désorganisation serait fatale, et pour longtemps, aux personnes hypersexuelles. Or, cette association doit exister et elle existera.
Qu'est-ce que l'hypersexualité? Il faut commencer par la base, soi-même. Ce que l'on ressent, physiquement et psychologiquement, voir les témoignages, établir des paramètres, afin que chacun puisse clairement s'y reconnaître ou s'en dissocier. Pour ce faire, j'ai commencé par faire circuler, il y a un certain temps maintenant, mon témoignage personnel, sans vouloir ni servir de norme, ni généraliser: c'est seulement ce que ça dit: un témoignage.
Il a été d'abord été publié dans l'Association des asexuels, basée en Europe, car je voulais devenir des leurs - une force qui reste encore forte en moi -. Partout sur le net, dans mes recherches, j'ai vu les trois types d'hypersexualité confondus (il leur faudrait des noms différents, non?) et fondus dans un «melting-pot» de préjugés hallucinants. Or, mon témoignage a eu un superbe effet, au point de bien me mêler, jusqu'à me permettre de renaître! Beaucoup de surprise positive, de sympathie de leur part, d'éclairs d'illumination, de remerciements, et me voici avec des alliés asexuels, emplis de compassion et d'empathie, et donc, me voici fort encouragé! Leur regroupement, leur force, la façon dont ils se sont remis debout après tant d'isolement, constituent la source de mon idée de cette association des hypersexuels. Voici le témoignage que je leur avais envoyé (veuillez en excuser le caractère familier et la trivialité, mais ce n'est qu'un témoignage et non une étude scientifique, sauf que ce témoignage a été ensuite corrigé, révisé après publication afin d'en augmenter la portée et le caractère social; il y a donc quelques différences entre le texte original et celui-ci):
«Je suis un libidineux, qui a été jusqu'à demander la castration chimique afin de devenir asexuel tant l'asexualité m'est apparue comme une délivrance. J'en ai parlé en thérapie, j'en envisageais avec fermeté l'option, qui n'est pas encore totalement écartée malgré ces dernières heures de remise en question. Non, je n’ai jamais été un prédateur sexuel, malgré une libido bien au-delà de la norme (des besoins impérieux me poussant à des activités sexuelles quotidiennes ou plus).
Or, la libido qui fait tant rêver des personnes qui n’en ont pas, peut être aussi un enfer invivable. Parfois, je n’en pouvais plus, je vous ai envié, admiré et j'ai voulu transformer mon corps, détruire cette part de mon identité pour devenir asexuel.
Je tiens à expliquer, à toutes les personnes qui ne la comprennent pas... «l’obsession sexuelle» des hypersexuels, ce qu’elle est, comment elle se manifeste en nous, ce que l’on ressent physiquement et psychologiquement, qui nous rend ainsi, essayer de dissiper le mystère, dévoiler une détresse parfois bêtement cachée par des blagues niaises ou des dénis redondants. Car on ne l’explique jamais dans les cours de sexologie. Ça emmerde un peu, non ?
Je dois tout d'abord m'excuser auprès des femmes hypersexuelles, de ne pas ici présenter leur cas. Je ne puis que parler du corps que je connais. Étant homme, je parlerai des sensations perçues en tant que tel.
Bon, l’influence de la testostérone, tout le monde la connaît, je n’en ferai pas le long récit des fonctions. Quelques rappels, grosso modo. Cette hormone est principalement responsable de la pulsion sexuelle, entre autres fonctions dont je ne traiterai pas ici. Elle est en grande partie créée par les testicules, un peu aussi par la prostate et les glandes surrénales; chez les femmes, les ovaires en produisent la majeure partie particulièrement durant la période d'ovulation, alors que chez l'homme cette production est constante avec de légères baisses aux 28 jours (fait si peu enseigné: l'homme a lui aussi son cycle sexuel avec les changements physiques et d'humeur que ça comporte, ce qu'on ne lui apprend pas du tout dans les cours, le laissant incapable de comprendre pourquoi deux semaines plus tôt il était un étalon et que deux semaines plus tard il a de la difficulté à euh... fonctionner. Il s'inquièterait moins si on se décidait à lui expliquer que c'est tout simplement le haut et le bas de son cycle biologique mensuel). Ce sont des moyennes; il peut exister des différences considérables entre individus d'un même sexe. Pour en donner une idée, lors d'un examen visant à comprendre d'où me venait mon épouvantable libido, j'ai topé 70% plus haut que la norme. Généralement, l’homme en a de 40 à 60% de plus que la femme, d’où la différence dans la force et/ou la fréquence des pulsions (entre autres facteurs moins déterminants mais non négligeables non plus). Cependant, ces facteurs sont encore mal connus et possèdent des zones d'incertitude. Ils mériteraient plus d'attention.
Ces considérations d'espèce posées, voyons-en l'impact sur l'individu hypersexuel. Cet impact est loin des explications psychosomatiques des cours de sexologie élaborés par quelques courants des années 50. La testostérone, lors des périodes de hausse libidineuse, est produite avec une intensité accrue; elle est acheminée par le sang dans toutes les parties corps. Les spermatozoïdes sont fabriqués en quantité industrielle et remplissent à ras-bord les testicules et la prostate se gonfle également. Or, où tout ça va-t-il nicher? Une fois que c'est plein, ça ne disparaît pas dans l'hyperespace, et la production, elle, continue! Il se développe donc une urgence de vider le contenant de son contenu. Ça se traduit comment dans le vécu d'un homme? Eh bien voici le mystère en étapes, voilà, ce que nous ressentons, le voilà exposé, notre enfer:
Tout d'abord ça commence à chatouiller. Dans le périnée, à la base du sexe et là où les fibres du scrotum commencent à déverser les surplus dans le canal déférent. Un à deux millions de microbes qui grouillent, on dira ce qu'on voudra, mais ça se ressent physiquement !
Puis, les jours ou les heures avançant selon le cas, le chatouillement augmente et ça fait comme des centaines de petites aiguilles qui picotent la base du sexe; puis, ces sensations se propagent et montent jusqu'au gland et là ça devient vachement impressionnant, la sensation est intenable, on ne tient plus en place.
Il se développe ensuite une espèce de chaleur mouvante dans toute la région génitale, un mouvement d’el nino qui circule le long du sexe dans un va-et-vient qui est un prélude au mouvement sexuel lui-même, en fait qui cherche à le déclencher.
Le stade dit «obsessif» va débuter pour nous débiter. Souvent inconsciemment, pendant qu'il travaille ou fait autre chose, l'homme va commencer à être porté à se gratter dans cette région. Ça devient inconfortable; il change souvent de position, il se replace constamment l'engin dans les culottes, bref ça commence à s'agiter sérieusement. L'homme commence aussi à froncer un peu les sourcils, quelque chose le dérange. Il remarque plus les femmes qui passent autour de lui (ou les hommes s'il est gay) et perd sa concentration. Il est moins productif. Il perd son Q.I. et se met à faire des blagues ridicules à contenu sexuel, il expose maladroitement sa «fertilité». Arrive l'étape suivante.
Les liquides lubrifiants commencent à couler, il y a des pertes durant la nuit comme le jour. Pour ceux qui ont plus de testostérone dans le sang, on trempe littéralement dans notre jus et c'est très inconfortable. Faut traîner des culottes de rechange dans nos sacs, ou s'envelopper copieusement.
Étape suivante: ça démange! Ça ne chatouille plus, ça ne pique plus, ça DÉMANGE, au plein sens du mot, tu sais, quand tu as une poussée d'urticaire ou une piqûre d'insecte sous le pied qui pique au point que tu ne peux absolument pas t'empêcher de gratter, que plus tu te retiens de gratter plus ça pique, et plus tu grattes plus ça pique aussi??? No way out. Multipliez ça par mille, en toute estimation raisonnable...
C'est souvent à cette étape que la femme remarque ce qui se passe et va dire à son compagnon, ou la mère à son adolescent: «Veux-tu bien t'enlever la main de dedans tes culottes!». Notre inconfort devient plus qu'apparent, il est alors évident. Incompris, il entraîne les moqueries ou la réprobation, ce qui est très blessant. Nous devons alors nous excuser pour avoir été insultés.
Survient une autre étape. Ça commence même à faire mal! Tout d'abord ça démange tellement que les nerfs de la région génitale sont sollicités et les érections se multiplient et durent de plus en plus longtemps. Le périnée chauffe, ça brûle. Le prépuce est hypersensible. Gratter ne donne plus rien du tout, l'homme va commencer à frotter, d'où la pulsion de masturbation s'il n'a pas trouvé de partenaire.
Car tout commence à se superposer: ça pique, ça démange, ça chauffe, ça brûle, au secours... Les obligations sociales font qu'avec un pantalon, les érections sont coincées et cela augmente la sensation de poussée, comme si on avait un missile entre les jambes dont les réacteurs fonctionnent à fond et qui va nous entraîner au bout du monde. On dirait qu’il va éclater, c’est insupportable tant ça pousse et gonfle. Poussée irrésistible, on en aurait la danse de St-Guy, et parfois c'est passablement douloureux quand on garde les pantalons trop longtemps ou que l’on diffère trop la résolution de cette tension. Or, on la diffère, par culpabilité, par honte, parce qu'il paraît que l'on ne devrait pas être «comme ça». Les érections sont insupportables; les sensations multiples et de plus en plus intenses qui parcourent le sexe en font une bombe; elle s'intensifieront constamment, jusqu'à résolution, ou jusqu'à déchirure émotionnelle. Le réflexe de soulagement n'est absolument plus contenable, d'aucune façon. Si dès le départ, l'on avait été éduqué de notre condition, avions appris à nous accepter dans notre identité sexuelle, toute cette tension intérieure n'aurait pas lieu; nous vivrions notre hypersexualité à notre rythme, discrètement et les tensions seraient bien résolues.
Plus le taux de testostérone est élevé, plus ces sensations sont intenses, agréables et pénibles à la fois, mais surtout, incontournables, irrépressibles, je dirais même cosmiques. Certains hypersexuels, ne comprenant pas ce qui leur arrive, pourquoi ils sont ainsi, seront complètement désarçonnés et se diront dépassés par une force qui les surpasse trop, ce qui les confondra avec les hypersexuels maniaco-dépressifs! Cette confusion diagnostique fera de leur vie un enfer; certains seront «soignés» pour un trouble qu'ils n'ont pas du tout et leur identité d'hypersexuels en sera d'autant plus perturbée.
La vie dans ce qu'elle a de plus ancien, la force de reproduction, pousse à travers nous jusqu'à briser tout sur son passage: résistance, volonté, personnalité, éthique, morale, amour, voeu de fidlélité, tout cela, pour qui n'est pas conscientisé à son identité, va être broyé comme des allumettes sous un ouragan. Et c'est tout un ouragan. Tout ce que nous sommes, toutes nos constructions morales, tout est soufflé et ne laisse plus de place qu’à la tempête. Qui parfois, en effet, aura commis des cataclysmes, relationnels, familiaux.
Pour les hommes à haut taux de libido, comme moi, cette situation-qui-rend-fou est triste d'ignorance, d'inhibition et mal gérée socialement. Jeune, j'ai perdu des emplois parce que la pulsion sexuelle devanait tellement puissante, ça démangeait à un tel point que les érections devenaient dans les hautes périodes permanentes; si on travaille debout il y a problème... c'était mon cas. Elles deviennent évidentes, nous en sommes malencontreusement inmontrables. On doit quitter le poste à tout bout de champ pour aller aux toilettes trouver un bref soulagement.
On a tellement chaud que la sueur nous coule de partout. Notre respiration est plus profonde, plus rapide et nos compagnes de travail se transforment en cibles du désir. Le flair recherche les phéromones émises par les femmes qui ovulent pour y précipiter nos ardeurs. Notre comportement change: notre voix devient plus grave, le ton plus traînard; on recherche la proximité des corps; on laisse apparaître notre «disponibilité». On touche plus. Nos yeux deviennent grands et ronds. Notre nez échappe des respirations plus fortes. On est nerveux, instable.
À ce moment, apparaît le plus compliqué de l'affaire, parfois, le plus tragique : maintenir des relations équilibrées avec nos amies qui ne nous veulent pas pour partenaire sexuel. Combien de fois ai-je dû demander à mes amies de ne pas venir me voir durant ces périodes! Parce que je ne voulais pas commencer à les tripoter partout (ce dont je craignais de ne pouvoir m'empêcher à l'époque mais finalement mon respect et mon éthique ont toujours eu priorité), alors je leur demandais de ne pas venir me visiter en leur expliquant franchement pourquoi. Ça m'a fait perdre des amies qui ne pouvaient pas comprendre, ne pouvaient pas savoir quelles étaient ces sensations qui envahissent un corps d'hypersexuel jusqu'à prendre le contrôle de son comportement. «T’as qu’à te retenir!» dit-on avec ignorance dans ces cas. Comme si on pouvait arrêter le vent, empêcher le soleil de brûler et la nature de pousser sa force de vie là où elle le veut! Inhibez cette force, elle contournera le barrage par des déviances, où le fera éclater en grande crise émotionnelle. On ne peut hélas pas comprendre un corps dans lequel on ne vit pas. Le corps de la femme est aussi inconnaissable à l’homme que celui de l’homme est inconnaissable à la femme; celui de l'hypersexuel est un mystère pour l'asexuel, etc. On ne peut, par empathie, qu’essayer de s’en donner une idée, de comprendre, de respecter ce qui en est partagé.
Et quand les refus que l'on reçoit sont proportionnels au désir que l'on ressent, le sentiment de rejet, de culpabilité, d'abandon est immense! On se sent laid, repoussant, on a l'impression que personne ne veut de nous et on se retrouve à la maison à tourner en rond en pleurant ou en rageant de frustration, ou en angoissant. On s'affole.
Sortir se changer les idées? Ha ha ha, très drôle… Le besoin intense, l’impression de rejet nous mettrait aussitôt en «chasse» pour trouver rapidement une partenaire sexuelle, multipliant le sentiment de rejet. Ce qui est souvent insatisfaisant si l’on n’a pas dans notre entourage une… «fuckfriend» comme disent les anglophones. Il y a longtemps, j’ai eu comme ça une amie phoque :-) , on avait une entente : masturbation contre massage. Elle me soulageait, je la dorlotais. Ça a duré trois ans. Perdu de vue, elle a reçu une belle offre d'emploi en Région. On n'en trouve pas comme ça à tous les coins de rue alors elle n'a pas pu être remplacée.
C'est effrayant, comme la force de ce besoin demande satisfaction (elle demande surtout bonne gestion, mais faut se connaître et s'accepter pour y arriver) et je peux donc comprendre la frayeur de certaines personnes devant le désir de l'hypersexuel, nous y sommes souvent dépassés nous-mêmes! Ça peut parfois être, en effet, assez effrayant. C'est un bulldozer, et «bull» est approprié.
Pourquoi alors se masturber ne règle-t-il pas la situation? C’est là une nouvelle étape dans le sadisme de la nature, la masturbation ne suffit pas. Des études ont montré un phénomène étrange mais d'un intérêt certain. Par un mécanisme psycho-physiologique encore peu compris, lors de la masturbation, une plus petite partie seulement des spermatozoïdes sont éjectés, alors que lors d’une relation sexuelle dans laquelle est présente – ingrédient essentiel – une composante affective (amicale ou amoureuse), l’éjaculation est plus abondante. Le partenariat semble donc, à priori, incontournable.
Pour éviter la dépendance, une seule possibilité : l’interdépendance, d’où l’accord que j’avais autrefois avec mon «amie phoque», en manque de toucher mais pas de sexualité.
Alors pourquoi, si la libido était jusque-là un tel enfer, avant ce jour, ai-je encore refusé les anti-hormonaux? Parce que 1) j’ai des douleurs chroniques du trijumeau depuis un accident, la sexualité m'est apparue finalement comme un cadeau qui aidait à produire plus de phéromones 2) parce que je n'ai jamais attaqué ni harcelé personne, je demande une fois et si c'est non je n'en parle plus et 3)que ça me fait parfois rêver. Mais mieux encore; parce qu'avec le temps, je me suis observé, j'ai appris à me connaître, j'ai compris que cela faisait partie de mon identité. Que depuis quelques heures à peine, j'ai enfin vu que j'avais à accepter mon hypersexualité, non pas à la combattre, ce qui déjà a fait tomber beaucoup de tension! Plus la compréhension de cette identité s'est imprégnée, plus la gestion de mon hypersexualité devient envisageable. J'ai découvert que je pouvais bien vivre comme tout le monde, fonctionner en société, ET vivre mon hypersexualité comme un autre vit son homosexualité, son hétérosexualité, son asexualité etc.
D'autres phénomènes dans la vie d'un hypersexuel peuvent être sources de dépression ou d'anxiété. Si un sexuel moyen met trois ans avant de se sentir vraiment frustré lorsqu'il est privé de partenariat, s'il ne trouve pas et se fait rejeter pour diverses raisons (pas assez beau, ou quoi encore, selon le cas), pour l'hypersexuel, cette frustration peut apparaître en quelques semaines ou moins. Le manque de partenariat rend les pulsions plus dominantes et occupent l'esprit durant la plus grande part des journées, créant du même coup un profond vide affectif. C'est alors qu'il serait important à l'hypersexuel de connaître d'autres gens comme lui. Avoir une association qui lui rappellerait qu'il n'est PAS seul! IL n'est pas un hypersexuel; NOUS sommes des hypersexuels. Ça change tout! Ce serait un moment de support moral, d'encouragement, de dédramatisation, de camaraderie, d'activités distrayantes.
Une parenthèse qui me semble nécessaire; on me demande parfois si l’irrésistibilité de cette pulsion excuse les prédateurs sexuels. Absolument pas (encore la confusion entre 3 types d'hypersexualité qui ont bien peu de choses en commun), voici pourquoi. Parce que notre raison et notre amour d'autrui, le respect que nous portons à nos semblables, doivent nous permettre d'élaborer une stratégie en conséquence. Je ne harcèle jamais, mais juste au cas où, je préviens quand même le coup par une bonne organisation. Par exemple, moi, je calcule toujours mes cycles sur mon agenda, et suis donc en mesure de savoir à l'avance quand seront mes «peaks» de libido! Ça paraît trop simple, et pourtant, c'est déjà efficace. Je ne vais donc pas aller placer mes rendez-vous avec des copines qui ne veulent pas de relations sexuelles, dans ces périodes où elles auraient tout le temps ma libido dans le chemin d'une relation saine! C'est, me semble-t-il, la moindre des choses. Ensuite, pour rester loyal à la femme que j'aime, j'évite toutes les situations dangereuses; ne jamais rencontrer une femme seul à seule chez moi ou chez elle dans des périodes à risque, je les emmène plutôt au café ou au resto. Je refuse les rendez-vous où pourraient se produire des gestes regrettables lors d'erreurs d'interprétation de signaux trop subtils. Si ma Compagne m'autorise une «amie phoque» (je commence à m'amuser avec cette expression...), ne pas se gêner pour lui donner à l'avance notre estimation de cycle mensuel. De même, se masturber, même si c’est insuffisant, quand même, reste extrêmement important, vital en fait. Sans elle, ce serait deux fois pire. On se garde bien plus sous contrôlable lorsque l'on ne combat pas sa propre nature, et que l'on s'autorise à vivre ce que l'on est! Il s'agit de se réserver discrètement des moments à soi. De plus, c'est inévitable; si vous voulez éviter de développer des déviances, commencez par suivre votre nature, soyez ce que vous êtes! Et si vous êtes rejetés deux cents fois et avez échoué à deux cents tentatives de trouver l'amie phoque idéale, essayez trois cents fois! Le découragement est le pire ennemi de l'hypersexuel. Il entraîne la honte, la culpabilité, la perte d'estime de soi. Alors seulement, l'hypersexualité naturelle peut se transformer et devenir une hypersexualité déviante, ou finir se tourner contre soi-même, jusqu'à désirer la castration pour enfin avoir la paix. Et sincèrement, j'y pense encore. Seul, mon nouveau projet contrebalance.
Ah! Oui, ici, un drame évitable. Durant ces rejets, l'hypersexuel reçoit ce fameux mépris à pleines giclées: «maudit cochon», «gros porc» et tout le reste. J'ai reçu ces réponses des centaines... oh non! des milliers de fois! OUI ça peut conduire l'hypersexuel à des impacts traumatiques. OUI ça peut faire refluer l'hypersexuel et l'isoler. Isolé, il dépérit. Dépérit, malheureusement, parfois, il périt. Pour ce type de drame, la conscientisation sociale est tellement importante! Éduquer tant le public à répondre adéquatement et sans préjugé. Va-t-on dire à un trisomique qui nous demande si on veut marcher avec lui: foutu mongol!» ??? Mieux: dit-on à un Noir qui nous demande où est le plus proche métro: «Débrouille, sale nègre!»??? C'est LA MÊME CHOSE! Qu'est-ce que c'est que ces manières, ce mépris, cette sauvagerie que l'on s'autorise devant la différence? De même, il faut absolument éduquer les hypersexuels afin que leur identité soit clairement établie, que leurs demandes sexuelles soient faites correctement, respectueusement, sans harcèlement ni supplique ni vulgarité, dans la tolérance et la dignité!
À la défense des mâles hypersexuels, les hommes ne sont pas instruits de ce qu’ils sont, on ne leur apprend pas à gérer cette force qui les dépasse, ils sont envahis et débordés par cette force contre laquelle ils ne peuvent absolument rien parce qu'ils ne la comprennent pas et sont même souvent incapables d'en décrire les sensations physiques tant on leur en a détourné l'attention par culpabilisation. Pourtant, si moi, avec mon effroyable libido, je suis parvenu à gérer jusqu’à mes 45 ans cette force sans jamais attaquer personne, c'est qu'on peut dédramatiser le mythe! Un peu de sens humain, d'ailleurs, devrait en principe suffire.
Les outils essentiels à comprendre et utiliser pour y arriver:
- la connaissance de soi, la compréhension de ce qui se passe dans notre corps
- les moyens de gérer les situations en fonction de notre cycle biologique
- bien saisir les différences de libido entre les gens et les causes physiologiques de cette différence
- avoir de l’empathie et de la compréhension pour qui ne partage pas la même identité sexuelle.
Alors j'aimerais bien, moi, qu'on enseigne ces choses aux jeunes hommes le plus tôt possible, dès la puberté, afin qu'ils ne deviennent pas déviants ou suicidaires, et qu'ils puissent se développer et s'épanouir sainement dans la société qui les a mis au monde! Enseignons-le à tous, au fond, pour qu'enfin l'on ne perçoive plus tout le temps les hypersexuels comme des «salauds», des «pervers», des «gros porcs» (aggravant la situation par l'injure, cause d'isolement, de culpabilité et de douleur) et nous comprendrons mieux le processus en cause! »
Je l'ai vécu l’enfer sexuel. Aujourd'hui, grâce à mon contact avec les asexuels, je vis une toute nouvelle expérience. J'ai commencé à sortir du placard... Déjà, je m'aperçois de plus en plus qu'en disant autour de moi: «Je suis un hypersexuel», je me sens... je ne sais pas, j'ai enfin une identité trop longtemps contenue au-dedans, trop longtemps floue et pas nommée, mais là je me suis nommé, et l'ayant dit, je me sens moins tendu; je sais ce que je suis, on sait ce que je suis, moins d'ambiguité. C'est MON coming out maintenant et WOW! que je vis ça avec des frissons, c'est libérateur, c'est toute une sensation! Devenir... non, s'approprier ce que l'on est; non seulement on n'est plus victime, mais en plus, on ne se laissera plus juger. Je n'agresse pas, eh bien que l'on ne m'agresse pas non plus! Je prends conscience d'une dimension plus profonde de la démarche des gays, des asexuels: l'affirmation d'une identité. Faut le vivre pour comprendre, hein? Ça fait soudainement tout un sens pour moi, c'est comme une illumination. Je suis un hypersexuel. Ça sonne... ouf... je me ressens. Enfin.
Alors, quel est exactement, ceci exprimé, ma demande envers vous, les intervenants de Centres de crises ?
J'ai besoin de l'appui de gens compétents et qualifiés de votre milieu, de votre profession, qui seraient intéressés au projet et pourraient en parler en plus haut lieu. J'ignore totalement à qui m'adresser. J'ai besoin de l'appui non de quelqu'un qui aurait des préjugés et voudrait «guérir» les hypersexuels, mais les aider dans l'affirmation de leur identité, leur gestion d'eux-mêmes et à se relever dans leur détresse. Aider à la conscientisation. Moi, je peux facilement participer au combat social et à l'entraide parmi les hypersexuels, mais je ne sais pas gérer une association, je ne sais jamais à quelle porte frapper, je suis très ignare dans ce type de démarche. Où trouve-t-on de l'aide pour ça ?
Et enfin, j'ai besoin du concours des réseaux communautaires et des CLSC, une fois l'Association constituée, pour nous envoyer des hypersexuels et permettre à l'association de constituer une solide base qui pourra communiquer son existence et pousser les autres hypersexuels à surgir des buissons où ils sont cachés et se rassembler, demander aide et conseils parmi nous. Je compte créer un site et un forum pour cette association;, déjà, nous pourrions ainsi attirer des gens comme nous - enfin, comme moi... -.
05.12.06
Le témoignage de Sandra - 32 ans
Suite au témoignage d'Evita, j'ai eu envie de raconter moi aussi mon parcours.
Il y a quelques jours encore, les mots de "Aven" ou "Asexuels" m'étaient encore inconnus. Et pourtant, il faut avouer que c'est ce que je suis depuis toujours au fond de moi.
Jusqu'à aujourd'hui, je me suis crue être la seule dans ce cas. Je pensais être anormale ou que peut-être mon éducation très stricte chez les religieuses m'avaient obstrué l'esprit vis-à-vis de la sexualité...mais il n'en est rien.
Adolescente, mes copines ne parlaient que des mecs qui leur plaîsaient. Elles ne rêvaient que d'une chose : sortir avec eux et avoir leur première expérience sexuelle. Pour moi, il n'en était rien. Je souhaitais avoir un petit ami, ça oui, mais passer à l'acte ne m'intéressait pas.
La question n'était pas de savoir si je m'en sentais prête ou non mais simplement je n'y voyais aucun intérêt.
Lorsque j'ai connu mon premier amour, le seul à mes yeux, j'ai accepté d'avoir des relations avec lui. Ce n'était pas franchement excitant et ça ne m'a jamais fait décoller au septième ciel mais je le faisais pour son plaisir à lui, par amour.
Le temps a passé. Je suis aujourd'hui mariée et maman de deux enfants qui ont été conçus normalement. Accepter les rapports avec mon mari était la seule chance pour moi de tomber enceinte. Aujourd'hui, je n'y vois plus aucun intérêt.
Je sais que c'est très dur pour lui de se passer du sexe dans notre vie de couple car il en souffre et me le reproche tout le temps. Mais pour moi c'est devenu autre chose qu'un "devoir conjugal" : c'est une contrainte, une corvée !
D'ailleurs nous avons très peu de rapports.
Il m'arrive cependant de ressentir du plaisir ou d'arriver à l'orgasme mais quand je cède c'est uniquement pour le satisfaire car son corps me laisse totalement indifférente. Je suis même à la limite dégoûtée de son attitude et de ce regard pervers qui me dévisage.
Jamais, ô grand jamais, je n'ai fait le premier pas pour manifester un quelconque désir car du désir, je n'en ai pas.
Et comme le dit si bien Evita : je ne ressens pas ce manque dont parlent certain(e)s. Ces gens qui littéralement se sautent dessus après trois jours d'absence de leur conjoint... ça ne fait aucun déclic chez moi.
Quant à mon entourage, ils ne me comprennent pas. Mon mari le premier qui me reproche cette frigidité sexuelle et qui me traite de folle et me dit d'aller voir un psy. Or je n'ai rien contre le sexe, simplement ça ne m'intéresse pas et je m'en passe sans aucun problème.
On dirait que le monde entier tourne autour de ces 4 lettres. Est-ce réellement ça la vie ?
Où sont les émotions, le bonheur simple du quotidien de partager touts ces bons moments avec la personne que l'on aime ?
Avec le recul je me dis que les asexuels auraient dû se manifester plus tôt. Vu leur nombre incroyable, je me sens moins seule... même si je reste là avec ma détresse de femme, mariée à un homme sexuellement très actif.
04.11.06
Le témoignage d'Evita (28 ans)
Je ne connaissais pas cette notion d’asexualité. Pourtant, bien avant que les médias en parlent, bien avant même que David Jay ne crée l’AVEN, Gianni se qualifiait ainsi, et en parlait parfois autour de lui, mais à peu de personnes. Un entourage dont je fais partie.
Cela m’avait interpellée, mais je ne me posais pas vraiment de questions non plus.
Pourtant, dès l’adolescence, j’avais pu noter la différence avec mes copines. Elles avaient des pulsions, des désirs, se pâmaient devant les beaux mecs, y compris devant les pages de magazines. « Il est beau, oui, et alors ? » Voilà ce que je pensais, mais sans trop oser l’avouer ! Elles fondaient devant les pectoraux de l’un, la tablette de chocolat de l’autre, les fesses du troisième… Alors que je n’étais, de mon côté, nullement curieuse de savoir ce qui se trouvait sous le visage ! La masturbation ? Pour quoi faire ? N’est-ce pas une histoire d’homme ?
Je pensais que cela viendrait quand je rencontrerai l’homme de ma vie. Et je l’ai rencontré. Pourtant, je n’étais pas plus curieuse de connaître son corps. Je craquais devant son regard, était en parfaite harmonie cérébrale, mais rien d’autre ! Par amour, j’ai accepté de faire l’amour avec lui. Je voulais lui faire plaisir, lui donner ce qu’il voulait.
J’avoue avoir eu du plaisir, connaître l’orgasme… Pourtant, je n’éprouvais toujours pas de désir ! Jamais je n’ai fait le premier pas ! Jamais ! Je n’ai jamais eu cette impression de manque dont en parle souvent. Non, rien ! Il voulait faire l’amour ? Ok ! Il ne voulait pas ? Parfait !
Blas est mort tragiquement en 2001. Ma vie sexuelle est morte au même moment. Depuis sa disparition, je n’ai jamais éprouvé le désir de coucher, ni de me masturber.
Il y a un an, Gianni m’a parlé de son action au sein de l’AVEN, de l’interview qu’il venait de faire. Je tombais un peu des nues de voir la proportion d’A ! Je suis allée maintes fois sur leur forum, sans m’inscrire pour autant (pour le moment). Et pourtant, j’ai découvert « ce que je suis ».
Evita
