Suite au témoignage d'Evita, j'ai eu envie de raconter moi aussi mon parcours.

Il y a quelques jours encore, les mots de "Aven" ou "Asexuels" m'étaient encore inconnus. Et pourtant, il faut avouer que c'est ce que je suis depuis toujours au fond de moi.

Jusqu'à aujourd'hui, je me suis crue être la seule dans ce cas. Je pensais être anormale ou que peut-être mon éducation très stricte chez les religieuses m'avaient obstrué l'esprit vis-à-vis de la sexualité...mais il n'en est rien.

Adolescente, mes copines ne parlaient que des mecs qui leur plaîsaient. Elles ne rêvaient que d'une chose : sortir avec eux et avoir leur première expérience sexuelle. Pour moi, il n'en était rien. Je souhaitais avoir un petit ami, ça oui, mais passer à l'acte ne m'intéressait pas.
La question n'était pas de savoir si je m'en sentais prête ou non mais simplement je n'y voyais aucun intérêt.
Lorsque j'ai connu mon premier amour, le seul à mes yeux, j'ai accepté d'avoir des relations avec lui. Ce n'était pas franchement excitant et ça ne m'a jamais fait décoller au septième ciel mais je le faisais pour son plaisir à lui, par amour.

Le temps a passé. Je suis aujourd'hui mariée et maman de deux enfants qui ont été conçus normalement. Accepter les rapports avec mon mari était la seule chance pour moi de tomber enceinte. Aujourd'hui, je n'y vois plus aucun intérêt.
Je sais que c'est très dur pour lui de se passer du sexe dans notre vie de couple car il en souffre et me le reproche tout le temps. Mais pour moi c'est devenu autre chose qu'un "devoir conjugal" : c'est une contrainte, une corvée !
D'ailleurs nous avons très peu de rapports.
Il m'arrive cependant de ressentir du plaisir ou d'arriver à l'orgasme mais quand je cède c'est uniquement pour le satisfaire car son corps me laisse totalement indifférente. Je suis même à la limite dégoûtée de son attitude et de ce regard pervers qui me dévisage.
Jamais, ô grand jamais, je n'ai fait le premier pas pour manifester un quelconque désir car du désir, je n'en ai pas.
Et comme le dit si bien Evita : je ne ressens pas ce manque dont parlent certain(e)s. Ces gens qui littéralement se sautent dessus après trois jours d'absence de leur conjoint... ça ne fait aucun déclic chez moi.

Quant à mon entourage, ils ne me comprennent pas. Mon mari le premier qui me reproche cette frigidité sexuelle et qui me traite de folle et me dit d'aller voir un psy. Or je n'ai rien contre le sexe, simplement ça ne m'intéresse pas et je m'en passe sans aucun problème.

On dirait que le monde entier tourne autour de ces 4 lettres. Est-ce réellement ça la vie ?
Où sont les émotions, le bonheur simple du quotidien de partager touts ces bons moments avec la personne que l'on aime ?

Avec le recul je me dis que les asexuels auraient dû se manifester plus tôt. Vu leur nombre incroyable, je me sens moins seule... même si je reste là avec ma détresse de femme, mariée à un homme sexuellement très actif.